No future

28 février 2026

LOVE has lost, 2026

Carpe diem : étude 1 (en cours), des individus nus dans l'ère ambiant, 2026, Craie, aquarelle et acrylique sur canson noir. 180 x 350 cm

L’œuvre LOVE (1964) de Robert Indiana est un marqueur symbolique qui synthétise assez simplement le ton d’une époque où les mouvements sociaux ont produit la peace and love generation, appelé aussi les babyboomers. Les révolutions sociales s’enchainaient ; La liberté sexuelle, les droits des gais et lesbiennes, les droits des femmes, les droits des personnes racisées, n’en sont que quelques exemples.

Dans les années quatre-vingt General Idea a emprunté la forme d’Indiana afin d’y apposer l’acronyme AIDS. Les membres du collectif ont su représenter à travers un terme de quatre lettres une idée suggérant une image associant amour et mort de façon assez juste et correspondant judicieusement avec ma propre angoisse existentielle de l’époque où la peur côtoyait le désir et où la guerre froide habitait toujours une part de nos psychés pour la génération x.

Dans les années 2000 est apparu, sur l'Internet, l’utilisation de l’acronyme YOLO (You Only Live Once (vous n'avez qu'une seule vie)), qui sous-tend l’idée qu’il faut saisir toute occasion qui se présente et ce en encourageant la prise de risques. Cette expression est devenue omniprésente sur les médias sociaux au début des années 2000 me semble symptomatique d’une ère particulièrement individualiste qu’on associe aux milléniaux.

Depuis 2020, l’ère de la Covid, l’usage de l’acronyme FOMO (Fear Of Missing Out) poursuit le replis sur soi des années 2000 tout en amenant l’idée de la peur de manqué quelque chose, peur de manquer de temps comme une vision pré-apocalyptique de la jouissance qu’on associe à la génération Z.

Je travaille actuellement sur une étude introduisant les logos YOLO et FOMO à la manière de Robert Indiana. Mon premier essai est réalisé sur un assemblage de 21 dessins de modèles vivants produits par des étudiants de cégep. Ces dessins ont été récupérer dans les rebus, redessinés à l’aquarelle avant d’être assemblés en une grande surface et entrelacés dans un motif de logos YOLO peint à l’acrylique rouge, verte et bleue.

Le dessin de modèle vivant permet de développer la capacité à observer, à comprendre le déploiement des formes organiques dans l’espace mais surtout s’ouvrir à la nudité du corps de l’autre, apprendre à objectiver le regard et à rationaliser notre conditionnement au jugement, à outrepasser les tabous, à briser les codes sociaux, à reconnaître la fragilité, à apprécier la vie sous toutes ses formes et à appréhender le sentiment de liberté qui en émane.

Ce sentiment de liberté m’apparaît comme inhérent à l’idée de YOLO, de la dernière chance, du désir de jouir de son corps jusqu’au bout.