Ce projet a été réalisé en résidence à AIR 3331 Iwamotocho Studio en novembre 2025. Cette œuvre fait suite à un pèlerinage japonais de deux mois, au cours duquel les nombreuses expériences vécues m’ont amené à réfléchir aux différentes postures du corps que j’ai adoptées dans l’espace public japonais.
Le projet découle d’une fascination personnelle pour l’expérience des bains publics japonais et le baseball, ses codes et, plus précisément, pour l’une de ses formes les plus simples et les plus symboliquement chargées : le marbre, cette base pentagonale située au cœur du terrain.
Je me suis également intéressé aux compositions des estampes japonaises traditionnelles, notamment aux illustrations du Genji Monogatari, œuvre romanesque relatant la vie de la cour impériale japonaise au XIᵉsiècle, qui font appel à une perspective isométrique. Ces images accordent une place déterminante aux diagonales, qui structurent l’espace en l’ouvrant et en le déployant latéralement plutôt qu’en profondeur.
Répétées d’un plan à l’autre, ces diagonales agissent comme des vecteurs de circulation du regard, étalant la composition dans un espace continu, sans hiérarchie ni point de fuite central. J’y ai observé un lien formel fort entre cette logique et la forme de maison du marbre (home base), dont les angles obliques génèrent eux aussi une orientation et une mise en tension de l’espace. Dans les deux cas, la diagonale ne sert pas à dramatiser la scène, mais à stabiliser une spatialité étendue, rythmée et lisible, où l’espace se construit par répétition et par glissement.
Le marbre incarne l’idée de la maison : le retour, le départ et l’arrivée. Il ancre l’espace du jeu comme une cellule symbolique, un point d’orientation. À travers ce projet, je cherche à explorer comment cette forme géométrique peut entrer en résonance avec des notions plus vastes telles que la maison, le territoire mental et l’espace narratif.
En résonance avec mon expérience de voyage au Japon, je réfléchis également à la proximité des corps, à l’espace intime et à la pudeur dans la culture du bain communautaire (onsen et sentō), ainsi qu’aux manières de cohabiter avec l’espace de l’autre.
Entre la maison du baseball (lieu d’exaltation collective) et les bains (lieux de détente ritualisée), l’intime n’a que peu de place. Le corps y est public, et les limites de l’intimité sont strictement encadrées par le respect des conventions sociales.
L’œuvre installative se prolonge ainsi par la présence d’un marbre (home base) composé d’une empilade de serviettes. Dans les bains japonais, la serviette de bain constitue la dernière frontière de l’intimité : elle marque la limite symbolique entre la nudité complète, socialement admise, et ce qui demeure du registre du privé.